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Jouer sans écran : une autre temporalité

il y a 2 jours
4 min de lecture

Les écrans font aujourd’hui partie du quotidien des familles. Ils divertissent, permettent de découvrir, d’apprendre et occupent naturellement une place dans la vie des enfants.

Mais à côté de cette immédiateté, il existe une autre façon de jouer.

Une façon de jouer où tout n’arrive pas en quelques secondes. Où il faut parfois chercher, essayer, recommencer. Où l’on touche une matière, où l’on manipule des pièces, où l’on attend que quelque chose prenne forme.


Jouer avec ses mains, c’est entrer dans une autre temporalité


Une temporalité plus lente, non pas parce qu’il faudrait absolument ralentir, mais parce que fabriquer demande simplement du temps.


Accepter que tout ne fonctionne pas du premier coup


Une pièce résiste. Deux éléments semblent ne pas vouloir s’emboîter. Il faut relire une étape, modifier légèrement son geste ou demander un coup de main. Dans une activité manuelle, ces petits imprévus sont naturels. L’enfant découvre alors quelque chose de précieux : il est possible de ne pas réussir immédiatement sans que l’expérience s’arrête pour autant.

Il essaie autrement. Il observe. Il recommence. Et lorsqu’une étape qui semblait difficile finit par fonctionner, la satisfaction est d’autant plus grande.


Ce sont de petits succès, parfois presque invisibles pour l’adulte, mais qui construisent peu à peu le sentiment d’être capable de faire par soi-même.


Les mains occupées, l’attention se pose autrement


Fabriquer mobilise le corps autant que l’esprit. Les doigts tiennent une pièce, le regard suit un trait, la main accompagne le papier de verre, les deux parties d’un assemblage doivent trouver leur place. L’attention se fixe naturellement sur une action concrète. Pendant quelques instants, il n’est plus nécessaire d’aller vite ou de passer immédiatement à autre chose.

Il faut simplement être là, face à ce petit problème très réel : comment cette pièce s’assemble-t-elle ?

Puis vient la suivante.

Cette succession de gestes crée un rythme particulier. Un temps fait de concentration, d’essais, de silences aussi, parfois interrompus par une question ou un éclat de rire.


Quand le jeu commence après la fabrication


Avec un jouet déjà terminé, le passage au jeu est presque instantané.

Avec un objet à fabriquer, le jeu commence avant le jeu.

Il faut ouvrir le coffret, observer les pièces, comprendre une notice, préparer les outils. Puis viennent les premiers gestes : poncer, assembler, coller, cheviller, ajuster…

L’objet n’existe pas encore tout à fait. Il se construit progressivement sous les yeux de l’enfant et entre ses mains.

Cette attente fait pleinement partie de l’expérience. Le plaisir n’est plus uniquement dans le résultat final : il se glisse aussi dans le chemin qui permet d’y arriver.


Une autre temporalité pour l’adulte aussi


Fabriquer ensemble change également le rythme de l’adulte. Impossible de faire avancer une activité manuelle exactement comme une liste de tâches.

Il faut montrer un geste sans le faire systématiquement à la place de l’enfant. Attendre qu’il essaie. Accepter parfois une manière de faire différente de la sienne.

Et surtout, être disponible. Une demi-heure ou une heure autour d’une table peut suffire pour créer cette parenthèse.


L’activité devient alors un prétexte pour passer du temps de qualité ensemble.


Les conversations arrivent parfois naturellement pendant que les mains travaillent. On échange sans forcément se regarder. On aide, on encourage, on rit d’une pièce montée à l’envers. Le jouet se construit, mais autre chose se construit en même temps : un souvenir commun.


Jouer sans écran, c’est aussi laisser une place au vide


Un écran propose beaucoup. Des images, des sons, des personnages, des décors, des histoires déjà en mouvement.

À l’inverse, un morceau de bois ne raconte encore presque rien.

Et c’est justement ce qui peut devenir intéressant.


Retrouver le plaisir de prendre le temps de faire


Jouer sans écran, c’est offrir aussi aux enfants d’autres expériences et d’autres rythmes.

Un temps pour toucher la matière.

Un temps pour essayer.

Un temps pour ne pas savoir immédiatement.

Un temps pour fabriquer quelque chose qui n’existait pas encore.

Et surtout, un temps pour le faire ensemble.


La joie de jouer avec ce que l’on a fabriqué


Puis arrive enfin le moment attendu.

Une fois la fabrication terminée, l’enfant doit encore inventer la suite.

  • Un bateau devient le navire d’une expédition.

  • Une baliste prend place devant une forteresse imaginaire.

  • Une moto organise ses premières courses dans le salon.

  • Quelques dinosaures en bois donnent naissance à tout un monde préhistorique.


L’objet donne un point de départ. L’enfant écrit le reste.


La simplicité du jouet laisse alors davantage d’espace à l’imagination, à la personnalisation et aux histoires que l’enfant choisit lui-même de créer. Ce passage de la fabrication au jeu donne à l’objet une valeur particulière.

L’enfant sait comment il a été fabriqué.

Il se souvient des différentes étapes, de ce qu’il a réussi seul, du moment où l’adulte lui a donné un coup de main et peut surtout prononcer cette phrase dont nous ne nous lassons jamais chez Manufacture en Famille : « C’est moi qui l’ai fait ! »


Le jouet n’est plus seulement un objet que l’on possède. Il devient le résultat d’une expérience vécue.


Chez Manufacture en Famille, c’est précisément ce que nous cherchons à mettre dans chaque coffret : du bois, quelques outils et un objet à construire, bien sûr.

Mais surtout une invitation à s’asseoir côte à côte et à prendre le temps de faire.

Parce que parfois, avant même le jouet terminé, le plus précieux est déjà en train de se construire.

 
 
 

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